Affaire Lamine Diack : Les leçons qui n’ont pas été tirées; financement des partis politiques ou financement de la société civile


Affaire Lamine Diack : Les leçons qui n’ont pas été tirées; financement des partis politiques ou financement de la société civile
C’est vrai que le point de vue le mieux partagé est que le tintamarre causé par l’affaire Lamine Diack au Sénégal était inutile. Il est certain qu’on a voulu domicilier un problème international au Sénégal. Mais cela n’aurait dû étonner personne puisque la récupération est la chasse gardée de certains hommes politiques. Cette fois cependant, comme beaucoup d'autres d’ailleurs, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat.
Si nous tenons par contre à y revenir c’est que dans un autre contexte en dépit des évidences ci-contre évoquées les chasseurs de polémiques n’auraient jamais lâché prise de sitôt. L’impression est que certains entretiennent inutilement des débats au Sénégal rien que pour exister. La preuve c’est qu’au début l’ardeur avait été plus accentuée, et certains avaient commencé à affuter leurs armes. Le désenchantement est venu sûrement lorsqu’on a précisé que le concerné n’avait parlé que de l’opposition (d’alors) et de la société civile en général. Autrement dit, du moins à notre sens, on a touché sur ce point précis à des « intouchables ». A tout le moins, on pourrait poser l’hypothèse selon laquelle ces franges font partie des donneurs de leçons habituels. Nous nous intéresserons à ces deux catégories de « moralistes » de manière séparée.
La responsabilité du PS dans cette affaire n’a jamais été commentée ou elle ne l’a été que très brièvement. Pourtant, c’est ce parti qui est plus enclin à faire dans le jansénisme. Ce que j’attendais de lui en l’occurrence c’est d’éclairer la lanterne des sénégalais sur leur part de responsabilité dans ce scandale, étant entendu que Monsieur Diack est un militant socialiste. Ils ont préféré donner leur langue au chat, alors que dans d’autres circonstances, il serait les premiers à sortir au vitriol. L’autre remarque qu’il est important de faire c’est que Khalifa Sall qui a été le plus précisément cité dans cette affaire n’a pas daigné piper mot. Alors que très récemment, il s’est offert en victime avec l’affaire de l’emprunt obligataire de la Ville de Dakar. Finalement, ce que nous voulons dire, c’est qu’il faut que les hommes politiques aient le courage d’assumer leur position. Et quand on défend des valeurs, la meilleure manière de s’y prendre c’est de les vivre. Or, en cette circonstance précise, le PS est sorti de sa peau de grand défenseur des principes de la morale politique.
Toutefois, le plus grave c’est que les thuriféraires de la démocratie sénégalaise ont montré cette fois les limites de leur engagement. Je pense que la société civile a reçu la correction de sa copie. Connue pour être très draconienne envers les différents pouvoirs sur place, elle s’est complétement terrée pour ne pas avoir à aborder ce débat. Ou alors, les quelques réactions arrachées de leur mutisme ont essayé d’esquiver le débat pour trouver des faux-fuyants. S’il est intéressant d’aborder cette question c’est que la société civile se fait le censeur des pratiques des hommes politiques, alors qu’ici les deux se trouvent nez à nez dans une affaire de sous. Ce qui est sûr c’est que si elle n’avait pas été impliquée, elle aurait créé une sorte de surenchère pour maintenir la polémique. Les hommes politiques ont vraiment bon dos, cette histoire montre que c’est en amont et en aval qu’il faut régler les questions éthiques au Sénégal.
En définitive, à la suite de cette affaire, la question du financement des partis politiques est revenue. Il est important que les prochaines réformes institutionnelles se penchent sur cet épineux problème. Cependant, il ne faudra pas s’arrêter là ; il est important aussi que le financement de la société civile connaisse un regard plus inquisiteur. C’est de cette manière seulement qu’on aura tiré les vraies leçons de cette affaire Lamine Diack.

Maurice Diomaye TINE
Etudiant en DEA droit public/UGB
Dimanche 3 Janvier 2016
Dakar actu




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