Affaire Jean Claude D., ce jeune sénégalais qui a décapité sa mère : Les minutes d’une tragédie

Après une enquête très fouillée, «Le Nouveau détective» est largement revenu sur l’affaire Jean-Claude D., ce jeune homme originaire du Sénégal qui a décapité sa mère Eugénie A. Libération qui a évoqué à deux reprises cette tragédie qui a eu lieu à Courbevoie (prés de Paris) reproduit l’article qui comporte tous les détails de ce drame.


Affaire Jean Claude D., ce jeune sénégalais qui a décapité sa mère : Les minutes d’une tragédie
C'est un bel immeuble moderne où tout le monde se connait. Situé au numéro 6 de la place Charras, à Courbevoie (hauts-de-Seine), le bâtiment abrite une population qui va du cadre supérieur à l’ouvrier, en passant par la famille nombreuse ou le couple d’étudiants. Des gens polis, qui se saluent et se tiennent la porte pour entrer.

UN HORRIBLE VACARME FAIT TREMBLER LES MURS

Pourtant, ce lundi 5 septembre, il se passe des choses étranges dans cet immeuble cosy. Un attroupement s’est formé devant la porte de l’appartement 539, au huitième étage. Cinq voisins tambourinent à la porte, l’un d’eux est même armé d’une batte de base-ball ! Il est 21h30 et cela fait bientôt dix minutes qu’un horrible vacarme fait trembler les murs de la cage d’escalier. Mais il ne s’agit pas d’une simple fête qui dégénère... Les bruits qu’entendent les voisins sont des coups sourds, contre les murs, le sol, puis des cris. Les hurlements d’une femme qui appelle au secours, puis ceux d’un homme qui crie par-dessus, qui répète « Dieu, Dieu, Dieu »...

« METS-TOI À GENOUX ! » HURLE-T-IL À SA MÈRE

Ces voix, ce sont celles des locataires de l’appartement : Eugénie A. et son fils de 25 ans, Jean- Claude. Derrière la porte blindée qui refuse de s’ouvrir, les voisins sont à la fois affolés et totalement abasourdis par cette explosion de violence chez des gens si calmes. Eugénie, 53 ans, est une femme coquette, élégante, discrète. Originaire du Sénégal, elle travaille comme éducatrice pour jeunes enfants dans une école privée du quartier. Quant à son fils, Jean-Claude, c’est un grand costaud, large d’épaules, qui a tout du gentil « nounours », toujours poli, serviable, souriant.
Le jeune homme entretient des relations fusionnelles avec sa mère. Alors pourquoi crient-ils tous les deux ? Sont-ils aux prises avec un intrus ? Son père, que Jean-Claude n’a jamais connu et qui vit en principe au Sénégal, serait-il revenu ? Pourtant l’on n’entend que deux voix, celle de la mère et celle du fils. Et c’est bien la voix de Jean-Claude qui hurle à sa mère de se mettre à genoux. Il faut agir, le temps presse...

« ELLE ME SUPPLIAIT DE VENIR... »

Il est 21h45 lorsqu’une patrouille de cinq policiers rejoint la petite troupe massée devant la porte. Mais eux aussi ne parviennent pas à faire céder la serrure à trois points de la porte blindée. A l’intérieur, si les cris d’Eugénie ont cessé, le calme n’est pas revenu pour autant. Jean-Claude continue de répéter « Dieu, Dieu, Dieu » et pousse des hurlements qui font froid dans le dos. Au même moment, l’oncle du jeune homme arrive. Âgé d’une cinquantaine d’années, il explique aux policiers qu’il est le frère d’Eugénie.
— Elle m’a appelé il y a une heure environ, elle me suppliait de venir vite parce que Jean-Claude était « en plein délire ». Il demandait à ma sœur si elle voyait Dieu, il invoquait Satan en tournant en rond. Malheureusement, je n’ai pas pu arriver plus tôt. Derrière la porte, l’oncle tente à son tour de raisonner Jean-Claude :
— Allez, arrête tes conneries ! Ouvre la porte ! Tout de suite ! Mais il n’obtient en réponse qu’une suite de mots incohérents. Et Eugénie, pourquoi ne dit- elle rien, elle ? Rien à faire, il faut enfoncer la porte. Mais dans le climat actuel, les policiers préfèrent être prudents.
A 22 heures, les radios crépitent : une équipe « tactique », avec boucliers, gilets pare-balles et démineurs, est appelée en renfort au 6 place Charras.
Tandis que les policiers installent leur « QG » dans l’appartement d’en face, l’oncle de Jean-Claude est interrogé. Et le portrait qu’il dresse de son neveu est très différent de celui des voisins, qui ne connaissent que l’apparence extérieure du jeune homme. Selon son oncle, Jean-Claude traverse une période difficile. D’abord, il souffre de plus en plus de l’absence de figure paternelle. En plus, sa petite amie a rompu, après un an et demi de relation avec lui. Pour finir, une mention sur son casier judiciaire à la suite d’une bagarre lui a fait rater une belle opportunité d’embauche.
Depuis, employé dans une salle de sport, il semble à la dérive... Il multiplie les retards et, pire, les accrochages avec ses collègues. Lui, le « gros nounours » si doux, se transforme peu à peu en grizzly...
A la suite de deux altercations avec sa responsable, il a récemment été mis à pied quelques jours. Ses collègues l’ont également aperçu début septembre, complètement ivre et défoncé dans la rue, en train de chanter et danser ! Un comportement qui ne lui ressemble en rien... Tout cela, Eugénie, qui connaît tout le monde dans le quartier, le sait. Mais ce qu’elle et son frère ignorent, c’est que ce 5 septembre, Jean-Claude a vraiment dépassé les bornes au travail. Visiblement dans un état second, pleurant et riant à la fois, il a collé son visage à quelques centimètres de celui de sa responsable pour lui demander si elle était amoureuse de lui !
Puis, encore plus inquiétant, il a demandé à un collègue : « Est- ce que ma mère est morte?»

UNE GERBE DE SANG ET UN BRUIT SOURD

Il est 22 h 20 quand les renforts se mettent en place devant l’appartement, boucliers dressés, arme à la main. Mais avant qu’ils aient eu le temps de faire quoi que ce soit, la porte s’ouvre d’elle-même. Sur une vision d’horreur. Un homme noir de haute stature se tient dans le couloir, face à eux. Ses vêtements sont maculés de sang, son regard vide. Dans la main droite, il tient un long couteau en céramique ensanglanté. Et dans son autre main, pendue par les cheveux, la tête de sa mère, décapitée. Les policiers le mettent en joue et lui ordonnent de lâcher son arme. Jean-Claude recule d’un pas, très agité, ses lèvres tremblent mais aucun mot ne sort de sa bouche. Soudain, il laisse tomber la tête de sa mère sur le parquet. Une gerbe de sang accompagne le bruit sourd de la chute. En arrière-plan, les forces de l’ordre entrevoient le corps d’une femme, décapitée, le ventre ouvert... L’assaut est donné.
Jean-Claude se réfugie au fond de l’appartement, les policiers le poursuivent. L’homme, totalement hors de contrôle, est impossible à maîtriser. Il faudra cinq décharges électriques de taser pour le mettre au sol, puis lui injecter un tranquillisant et le ligoter pour pouvoir le neutraliser totalement ! Les policiers ressortent de cet enfer choqués par l’horrible vision de cette tête qui roule sur le sol et de ce cadavre massacré... L’un d’eux, livide, manque même de s’évanouir. Quant aux voisins et au frère d’Eugénie, bien que tenus à l’écart, ils ont compris qu’il n’y avait plus rien à faire pour la pauvre femme...

« IL AVAIT L’AIR TOUT À FAIT NORMAL »

La traînée de sang dans le couloir. Lorsque j’arrive dans la résidence, quatre jours après les faits, les voisins sont encore sous le choc. La plupart d’entre eux ont entendu les cris inhumains, les supplications d’Eugénie. Et cet ordre, monstrueux lorsque l’on sait ce qui a suivi : « Mets-toi à genoux ! ». Impossible de ne pas imaginer la malheureuse, agenouillée devant son fils, et lui, couteau à la main, s’apprêtant à commettre l’impensable...
Les locataires, incrédules, ne savent que répéter : Jean-Claude avait l’air tout à fait normal, c’était un fils très gentil avec sa mère... Aujourd’hui, il dort dans un hôpital psychiatrique. Les experts devront déterminer s’il était « maître de ses actes » lorsqu’il a poignardé sa mère plus de 200 fois, avant et après l’avoir décapitée. Il est peu probable qu’il soit jugé un jour.
Pas plus qu’il puisse lui-même comprendre pourquoi il a fait subir le martyre à la personne qu’il aimait le plus au monde. L’enquête a été confiée au Groupe criminel du SDPJ 92. Au 6, place Charras, à Courbevoie, le bel immeuble moderne peine à retrouver la sérénité qui faisait le bonheur de ses occupants. Il faut malheureusement croire que, où que l’on soit, personne n’est à l’abri de la folie des hommes. 

Le Nouveau détective

 
Jeudi 15 Septembre 2016
Dakaractu



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