Abou Zeid, portrait de l'un des plus puissants islamistes d'Afrique

ABOU ZEID - Avec la mort de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeid, non confirmée officiellement mais jugée "très crédible" par Washington, Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) perdrait l'un de ses chefs les plus radicaux qui était parvenu à étendre son terrain d'action à tout le Sahara.


Abou Zeid, portrait de l'un des plus puissants islamistes d'Afrique
Au cours des dernières années, explique le chercheur français Jean-Pierre Filiu, auteur notamment des "Neuf vies d'Al Qaïda", "Abou Zeid avait étendu de manière spectaculaire son terrain d'action, avec une grande mobilité, kidnappant des touristes dans le sud de la Tunisie, ouvrant le front du Niger qui n'existait pas avant lui".
 
Première apparition : enlèvement des 32 touristes en Algérie
 
Né il y a 46 ans dans l'oasis de Tougourt (600 km au sud d'Alger), il devient membre à 24 ans du comité local du Front Islamique du Salut (FIS) puis bascule dans la lutte armée fin 1991 lorsque l'armée algérienne a empêché ce mouvement islamiste de s'emparer du pouvoir après avoir remporté les premières législatives pluralistes du pays.
 
"Selon sa famille", explique à l'AFP le journaliste algérien Mohamed Mokeddem, qui dirige le journal Ennahar, "il a pris le maquis juste après l'attaque de la caserne de Guemmar (en novembre 1991, ndlr). Il était accompagné de son frère Béchir, qui a été abattu par l'armée algérienne en 1995. Jusqu'à la fin des année 90, il opère dans le maquis de Batna" (est de l'Algérie).
 
C'est en 2003, lors du spectaculaire enlèvement de 32 touristes européens par ce qui était encore le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) dans le grand sud algérien, qu'Abou Zeid apparaît pour la première fois, en tant qu'adjoint du chef des ravisseurs, Abderazak le Para, détenu en Algérie.
 
Un homme de petite taille
 
"Les premières photos de lui ont été prises par ces otages, qui les ont publiées dans des médias allemands après leur libération", ajoute Mohamed Mokeddem, fin connaisseur des réseaux jihadistes algériens.
 
Ces images montrent un homme de petite taille, presque frêle, la mine sombre, portant une courte barbe. Dans un film amateur tourné par un membre d'Aqmi en 2007, que l'AFP a pu visionner en Mauritanie, Abou Zeid apparaît brièvement, l'air mécontent et désapprobateur, aux côtés de jihadistes qui jouent dans l'eau autour d'une de leurs Toyotas embourbée dans un oued.
 
En 2006, quand une brouille éclate entre Mokhtar Belmokhtar, l'un des principaux chef du GSPC au Sahara et le chef suprême de l'organisation, Abdelmalek Droukdal, installé dans les maquis du nord de l'Algérie, Abou Zeid s'aligne sur la direction du mouvement.
 
"Un homme violent et brutal"
 
En tant qu'adjoint de "l'émir du Sahara" Yahia Djouadi, il commande la katiba (groupe de jihadistes) Tareq Ibn Ziyad, quelque 200 hommes (essentiellement algériens, mauritaniens ou maliens) bien équipés et très mobiles, basés essentiellement dans le nord du Mali. "Il a une connection directe avec Al Qaïda Central, et notamment avec l'Egyptien Ayman Al Zawahiri, dont on connaît la virulence anti-française", selon Jean-Pierre Filiu.
 
En juin 2009 le groupe d'Abou Zeid kidnappe le touriste anglais Edwin Dyer et, selon plusieurs témoins, c'est le chef en personne, persuadé que Londres se tiendrait à sa ligne consistant à ne pas négocier, qui aurait égorgé l'otage.
 
Un homme froid
 
Peu après l'annonce de la mort d'Edwin Dyer, un responsable malien qui avait participé aux négociations avait confié à l'AFP: "Abou Zeid est un homme violent et brutal. Il est très dur en négociations. Il nous a reproché de travailler pour les blancs qui pour lui sont des impies".
 
Le travailleur humanitaire français Pierre Camatte, qui fut otage du groupe d'Abou Zeid pendant 89 jours à la fin 2009, l'a rencontré quatre fois. Il décrit un homme froid, "qui ne se mélangeait pas avec les autres ravisseurs, qui le consultaient régulièrement" mais qui n'a jamais usé de violence. Pour mener à bien les interrogatoires, Abou Zeid, qui maîtrise mal le français, a besoin d'un interprète, raconte l'ex-otage. "Il m'a toujours parlé sur un ton neutre, sans agressivité. Ses questions étaient presque techniques, il a voulu savoir pourquoi j'étais venu en Afrique, quel avait été mon parcours jusque là".

huffingtonpost.fr
Samedi 2 Mars 2013




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