AUTOSUFFISANCE EN RIZ EN 2017 : « Un hectare aménagé et non cultivé, est un crime dans la Vallée du Fleuve Sénégal » (DG SAED)

Il parcourt la Vallée avec le slogan « un hectare aménagé et non cultivé, c’est un crime » pour inciter les riziculteurs à produire davantage afin d’atteindre l’objectif d’autosuffisance en 2017. Le Dg de la Société d'aménagement et d'exploitation des terres du Delta du fleuve Sénégal (SAED) est un homme pressé, mais lucide. « Le défi est grand, mais il est réalisable », dit-il. Dans cet entretien, Samba Kanté revient aussi sur les contraintes à lever pour booster la production de riz : augmentation des superficies cultivables, mécanisation, transformation et règlement du problème foncier.


AUTOSUFFISANCE EN RIZ EN 2017 : « Un hectare aménagé et non cultivé, est un crime dans la Vallée du Fleuve Sénégal » (DG SAED)
RUPTURE DANS LA DEMARCHE
« On avait un programme national d’autosuffisance en riz après la crise alimentaire de 2008. Ce programme s’était fixé comme objectif l’autosuffisance en 2012. A cette date, nous avons évalué et nous nous sommes rendu compte que nous étions loin de cet objectif, mais force était de reconnaître que des pas étaient faits. Alors, le nouveau gouvernement qui est arrivé en 2012 n’a pas été nihiliste. Il a évalué ce programme en Conseil interministériel et il s’est fixé de nouveaux objectifs.
Avec l’arrivée de Papa Abdoulaye Seck, un expert avéré en riziculture, à la tête du ministère de l’Agriculture, une autre évaluation a été faite et une nouvelle stratégie a été redéfinie à la suite d’un diagnostic sur le terrain avec les producteurs de l’ensemble du pays. Et de ce diagnostic ont été tirées sept ruptures. Et du coup, il a été défini l’un des piliers fondamentaux du Plan Sénégal émergent : le Programme d’accélération de l’agriculture sénégalaise (Pracas) qui, pour le volet riz, est bâti autour de ces ruptures. L’année 2014-2015 était la première année de mise en œuvre de ce Pracas. Nous aussi, nous avons opéré une rupture dans la démarche en donnant la priorité aux actions concrètes sur le terrain. Premier résultat : le président a validé notre premier programme d’urgence. Mieux, il nous a instruit d’appuyer le reste du pays pour faire le même diagnostic. Au bout du compte, nous avons sorti un document consensuel pour l’ensemble des acteurs de la chaine de valeurs qui a été adopté en Conseil interministériel. Par la suite, le président de la République a décidé de débloquer 32 milliards de FCfa, dont 19 milliards pour la Vallée. Il a, du coup, annulé la dette de 13 milliards de FCfa des producteurs parce qu’on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas atteindre l’autosuffisance en riz avec des producteurs qui ne pouvaient plus accéder au financement. Dans notre plaidoyer, nous avions proposé que l’Etat endosse le tiers de la dette, la Cncas un tiers et le reste par les paysans. Mais le président a pris la décision exceptionnelle d’annuler toute la dette »
.
2014-2015, ANNEE DES RECORDS


« Toutes ces mesures ont suscité l’engouement pour la campagne 2014-2015 qui nous a permis de battre tous les records de production avec 31.000 hectares emblavés et 430.000 tonnes de paddy pour les deux campagnes, soit une augmentation de plus de 100.000 tonnes par rapport à la moyenne des années précédentes, avec un rendement moyen de sept tonnes à l’hectare et un rendement à l’usinage de 70 %. Nous sommes à 83 % de notre objectif après la première année de mise en œuvre du Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar). Pour sécuriser la récolte, nous avons acheté 32 tentes bâchées. Les acteurs de la chaîne de valeurs ont beaucoup gagné. Désormais, la riziculture est une activité qui nourrit son homme ».
 
AMENAGEMENTS


« Pour cette deuxième année, le Delta seul a presque atteint le record de surfaces emblavées avec 30.000 hectares. Si nous prenons l’ensemble de la Vallée, nous avons dépassé les 36.000 hectares grâce à la réfection de certains aménagements avec un montant de 2,5 milliards de FCfa. En outre, le président de la République a demandé qu’on donne à la Saed, d’ici à 2017, de quoi aménager 5.000 hectares supplémentaires, en plus des programmes que nous avons avec les partenaires techniques et financiers comme le programme indien qui va aménager 60.000 hectares. Mais cela ne suffit pas. 
Il faut absolument maintenir la cadence. Si nous nous arrêtons là, nous perdons tout parce que ce ne sont pas les superficies actuelles qui peuvent nous amener à l’autosuffisance. Techniquement, si nous nous retrouvons avec 70 000 hectares aménagés, avec la double culture, nous serons autosuffisants. Mais, nous visons entre 80 000 et 100.000 hectares d’ici à 2017 pour être sûr que, malgré les déperditions, nous aurons au moins 70.000 hectares emblavés. Ensuite, nous comptons jouer sur les rendements. Tout n’est pas terminé, mais nous sommes sur la bonne voie ».
 
LES CONTRAINTES A LEVER


« Parmi les contraintes qu’on avait soulignées lors du Conseil présidentiel, il y avait la commercialisation. Des solutions ont été retenues pour y remédier : création d’un fonds de commercialisation, obligation aux services de l’Etat d’acheter le riz local et aux importateurs de vendre un quota de ce riz, etc. Aujourd’hui, il n’y a plus de riz sur le terrain, tout a été vendu ! 
La question de la commercialisation est donc réglée. L’autre contrainte, si nous voulons pratiquer la double culture, c’est la mécanisation. 
En plus du parc existant, nous avons, avec les 32 milliards de FCfa alloués par le président, acheté 44 tracteurs, 12 moissonneuses batteuses à chenilles. 
Nous attendons les 1.000 tracteurs du Brésil, dont un lot a été réceptionné, ainsi que 250 en provenance de la Belgique. Maintenant, il faut que la Direction de la modernisation de l’équipement rural (Dmer) nous aide à recevoir le matériel le plus rapidement possible. En outre, avec le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) piloté par le Pnud, nous allons acquérir 26 autres moissonneuses batteuses. La troisième contrainte, c’est l’augmentation des superficies cultivables et l’équipement en motopompes. Dans le même Pudc, un marché est lancé pour l’acquisition de 600 motopompes.
Il faut aussi que nous maîtrisions davantage l’eau. Dans le Delta, nous avons une grande maîtrise de l’eau, mais ce n’est pas le cas à Podor, Matam et Bakel. Il faut réaliser de nouveaux barrages et stations pour réguler les affluents du fleuve afin de permettre à ces localités d’avoir le même potentiel que le Delta. Pour me résumer, je dirai que le défi est grand mais il est réaliste et réalisable. La dernière contrainte concerne l’accès au crédit. Et sur ce point, les rendements étant bons, il faut que les paysans apprennent à payer leurs dettes. En tout cas, il est impensable d’envisager un nouvel effacement de la dette ».

 
FONCIER


« Il est vrai que c’est une question centrale. Elle est souvent posée en termes de sécurisation pour les investisseurs privés et de préservation du patrimoine foncier des communautés locales. Mais, pour nous, dans la Vallée, nous avons anticipé depuis très longtemps et, en partenariat avec les collectivités locales et les diverses catégories d’utilisateurs de la terre, travaillé à instaurer, tant bien que mal, une gouvernance foncière qui favorise une exploitation optimale des potentialités dont regorge cette importante zone agro-écologique de notre pays. Avec un accent mis sur la concertation avec tous les acteurs et la quête permanente du consensus, nous avons aidé les collectivités à se doter d’outils opérationnels de gestion du foncier qui, là où ils sont appliqués, aident à prévenir efficacement les conflits. Il s’agit notamment des plans d’occupation et d’affectation des sols, de la charte du domaine irrigué de la Vallée ainsi que du système d’information foncière. C’est pourquoi nous enregistrons rarement de cas aigus de conflits ou des blocages qui freinent la mise en œuvre de nos programmes d’investissement. Nous avons, par exemple, avec l’appui financier de l’Agence française de développement (Afd), expérimenté un modèle de partenariat public-privé qui, dans le Delta qui et à très court terme, va permettre à plus d’une centaine d’exploitants privés rizicoles, d’accéder à un foncier sécurisé avec des conditions optimales d’exploitation de parcelles de tailles variant entre 5 et 100 ha. La commission est d’ailleurs en train d’étudier les voies et moyens d’une bonne valorisation de ces expériences de la Saed dans la réforme, pour une reproduction intelligente dans les autres zones du pays. Les avancées que nous avons eues lors de la première année de la mise en œuvre du Pnar découlent de l’implication accrue des privés aussi bien dans la production que dans la transformation et la commercialisation. Mais cela ne suffit pas, surtout en production. Et ce qui les freine, c’est effectivement l’accès à la terre. Et c’est un problème qui n’est pas facile à résoudre, surtout dans le Fouta. Pour pallier cela, nous sommes en train de pousser les exploitations familiales à se moderniser et à augmenter les superficies pour aller au-delà de l’autoconsommation. Ce qui commence à donner des fruits, parce que vous avez des fils du Walo (Iba Sall, Mamadou Lô, Cheikh Diallo, Sokhna Mbodj, Korka Diaw, etc.) qui sont, aujourd’hui, plus costauds que n’importe quel privé ».
 
LA TRANSFORMATION, LE MAILLON FAIBLE
« Effectivement, la transformation constitue un segment important dans la chaîne de valeurs riz et une étape clé dans la mise en marché. 

En effet, le riz transformé doit être de bonne qualité et, force est de reconnaître qu’aujourd’hui, seule une vingtaine de rizeries dispose d’un plateau technique apte à la production d’un riz de qualité. Par conséquent, la priorité, dans ce segment, consistera à renforcer le plateau technique des rizeries et des mini-rizeries qui ne sont pas aux normes et aider à l’installation de nouvelles unités industrielles pour augmenter la capacité de transformation, au vu de l’important potentiel de production de riz paddy. A titre illustratif, la capacité annuelle de transformation des rizeries agréées pour la production d’un riz de qualité, est estimée à environ 130 000 tonnes sur une production moyenne de plus de 430 000 tonnes ».
 
DIVERSIFIER LES SYSTEMES D’EXPLOITATION


« Les petites exploitations, comme vous dites, ont jusque-là, porté la production nationale et sont à l’origine des performances qui nous autorisent à être optimistes quant à l’atteinte de l’objectif d’autosuffisance en riz. Aujourd’hui encore, nous sommes convaincus, à la Saed, qu’il n’est pas envisageable de construire une politique agricole viable sans un partenariat solide mettant au premier plan ces petits exploitants.
Nous misons prioritairement sur les exploitations familiales et travaillons à renforcer leur viabilité et leur productivité. Cela dit, le délai relativement court nous impose d’avoir une lecture réaliste.
Aujourd’hui, l’une des convictions fortes – que nous partageons d’ailleurs avec le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural – est que le développement de notre agriculture ne se fera que dans la diversité des systèmes d’exploitation. En ce qui concerne spécifiquement l’autosuffisance en riz, l’accent devra être mis, tout en valorisant la contribution non négligeable des exploitations familiales, sur la promotion d’exploitations de plus grande envergure. J’en profite pour apporter une clarification importante à nos yeux : pour nous, de telles exploitations ne sont pas nécessairement le fait d’initiatives étrangères. Au contraire ! Le bilan des dernières campagnes agricoles montre l’émergence de plus en plus poussée de « champions » locaux qui, dans les différentes zones de production, notamment dans le Delta, réalisent, à eux seuls, des centaines, voire des milliers d’hectares et souvent avec une bonne part d’autofinancement. Identifiés et bien accompagnés, ces « champions » pourraient, de manière significative, participer à booster la production. Mais, une fois encore, comme aime à le dire le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural : pour nous, au Sénégal, l’heure n’est pas au choix entre agriculture familiale et agrobusiness ; l’heure est plutôt à la recherche des complémentarités nécessaires pour une exploitation optimale de nos terres et la réalisation de notre sécurité alimentaire. C’est à cette conviction forte que nous essayons de donner corps dans la Vallée du fleuve Sénégal ».
« Soleil »

Mardi 24 Novembre 2015
Dakaractu




1.Posté par Djibo le 24/11/2015 15:06
A la lecture de l'interview du DG de la SAED, j'ai quelques problèmes de compréhension des réalisations faites jusqu'ici dans la Vallée du Fleuve du Sénégal en terme d'aménagements.

Le Directeur parle d'un objectif de 80 000 à 100 000 ha de terres aménagées pour 2017 afin de réaliser l'autosuffisance en riz. Au moment où les chiffres indiquent que pour 2014 sur des superficies rizicultivables de 162 484 ha, on était déjà à 116 391 ha d'aménagements réalisés et exploités et 4104 ha qui étaient en cours de réalisation (500 HA pour Ndiawar/ Podor, 2500 pour les 3PRD/Delta, 440 ha pour Ngalleka/Podor, 247 ha pour Lampsar/RD_DELTA et 417 pour Matam/Extension ASAMM). Comment en est on arrivé à cette situation mais également à celle indiquée par les statistiques 2015 qui placent la riziculture irriguée (plus durable) loin derrière la riziculture sous pluies (aléatoires) avec tous les efforts consentis par le Président de la République pour promouvoir la maîtrise de l'eau.
Dire qu'il n'y a plus de stocks de riz invendus dans la Vallée pose problème et c'est loin d'être l'avis des acteurs. Ils apprécieront.



Dans la même rubrique :