ASSANE KAMARA : Un ancien étudiant de Sherbrooke présumé terroriste au Sénégal

Fils d’un diplomate sénégalais, Assane Kamara a vécu dans de nombreux pays étrangers. À l’âge de 24 ans, il avait déjà séjourné en Côte d’Ivoire, en Haïti, en République dominicaine et à Madagascar, bénéficiant d’une éducation privilégiée.


ASSANE KAMARA : Un ancien étudiant de Sherbrooke présumé terroriste au Sénégal
Mais la vie d’Assane Kamara a pris une tournure inattendue. En 2014, sa mère a quitté la maison familiale de Dakar, au Sénégal, pour retrouver son fils au Canada, et a découvert qu’il dirigeait la prière du vendredi dans une mosquée d’Edmonton. Pourtant, il était parti étudier à l’Université de Sherbrooke (UdeS) quelques années plus tôt. C’est d’ailleurs dans l’institut d’enseignement qu’il aurait rencontré Samir Halilovic, Zakria Habibi et Youssef Sakhir, trois jeunes hommes qui ont quitté le Canada au cours des mois suivants pour aller grossir les rangs du groupe armé État islamique (EI). Au moins l’un d’entre eux est considéré comme mort.

EN ATTENTE DE PROCÈS POUR TERRORISME

Aujourd’hui, Assane Kamara est en attente de procès dans une prison de Dakar. Il fait face à une série de chefs d’accusation de terrorisme portés contre lui en février 2016. Les autorités soutiennent qu’il aurait tenté de se joindre à l’EI, a dit au Toronto Star Henry Boumy Ciss, un porte- parole de la Police nationale du Sénégal. C’est la mère d’Assane Kamara qui a dénoncé son fils à la police, ajoute le porte-parole. Selon elle, Assane Kamara a admis avoir rencontré les trois hommes à Sherbrooke.
Les accusations portées contre Assane Kamara n’ont pas été mises à l’épreuve en cour. Son avocat sénégalais n’a pas répondu à nos nombreuses de- mandes d’entrevue pour cet article basé sur des informations obtenues auprès de services de police canadiens et sénégalais, et sur des entrevues avec des amis et des membres de la famille d’Assane Kamara.
Les enquêteurs en matière de sécurité nationale de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tentent maintenant de trouver d’autres Canadiens qui auraient connu Assane Kamara lorsqu’il vivait au Canada, laisse savoir un membre de la famille du jeune homme. Harris Catic, l’un des amis d’Assane Kamara rencontrés à Sherbrooke, affirme que des agents de la GRC lui ont demandé de travailler pour eux comme source. «J’aimerais vous aider, mais je ne vous serais d’aucune utilité en ce qui concerne cette affaire», a-t-il écrit au Toronto Star, dans un échange de messages.
Il a refusé leur offre et attend toujours son passeport canadien. Ces informations donnent un aperçu d’une enquête de sécurité nationale peu connue, qui s’étend à travers le pays et qui n’est toujours par résolue après plus de deux ans. Un porte-parole de la GRC a refusé de commenter le dossier ou même de confirmer qu’une enquête était en cours à Sherbrooke.

DES AMITIÉS NOUÉES À SHERBROOKE

La saga d’Assane Kamara a com- mencé quand il a déménagé au Canada pour étudier à l’Universite de Sherbrooke à l’automne 2010, selon un membre de sa famille qui a accepté de nous parler à condition de conserver l’anonymat. Le Star n’a pu confirmer auprès d’au- tres sources le récit des membres de la famille.
À Sherbrooke, Assane Kamara a rencontré Youssef Sakhir, Zakria Habibi et Samir Halilovic. Ceux-ci faisaient partie d’un groupe de musulmans qui se démarquaient par une dévotion particulièrement fervente. À l’occasion, ils pouvaient rester debout toute la nuit pour ré- citer des passages du Coran, selon une source appartenant à la famille Kamara. Après avoir rejoint le groupe, Assane Kamara a «complètement changé de style de vie», ajoute cette personne.
Le jeune homme étudiait l’économie à Sherbrooke. Pour un travail d’équipe en 2013, il avait effectué une analyse financière de Canadian Tire et avait établi un plan d’investissement. Mais il avait également déclaré que le capitalisme était «haram», c’est-à-dire interdit par sa foi, dit notre source. Il s’est ensuite mis à parler constamment de religion et de l’obligation de vivre selon la charia, la loi islamique.
Un de ses amis de l’Université de Sherbrooke, qui a demandé à ne pas être nommé en raison de la sensibilité de l’affaire, a dit qu’Assane Kamara s’est alors consacré de plus en plus à la religion, mais sans montrer de signes d’extrémisme.
Un autre condisciple, Raïs Kibonge, a dit qu’Assane Kamara jonglait souvent entre ses engagements scolaires et ses activités avec l’association des étudiants musulmans. Il l’a décrit comme «extrêmement poli et gentil».

DÉMÉNAGEMENT À EDMONTON

Assane Kamara semble avoir abandonné ses études en 2013. Son visa d’étudiant était échu et il était en conflit avec son frère aîné, avec qui il vivait à Sherbrooke, selon un membre de sa
famille.
En 2014, il a déménagé à Edmonton pour travailler dans la construction. Youssef Sakhir, un diplômé en psychologie, et Zakria Habibi l’y ont suivi. Le séjour d’Assane Kamara dans l’ouest du pays a duré quelques mois. Obtenant peu de nouvelles, sa mère s’est rendue d’abord à Sherbrooke, puis à Edmonton, à la recherche de son fils. Quand elle l’a re- trouvé, il était en train de diriger une prière dans une mosquée de la ville.
Celle-ci a réussi à convaincre son fils de la rejoindre au Sénégal. Dans les mois suivants, Youssef Sakhir, Zakria Habibi et Samir Halilovic ont fui le pays et, du même coup, la surveillance de la GRC. La mère de Youssef Sakhir a dit n’avoir eu aucun contact avec son fils depuis sa disparition à l’été 2014. Les parents de Samir Halilovic n’ont pas répondu à notre demande d’entrevue. Ce dernier aurait été tué en Syrie, une information qu’il n’a pas été possible de confirmer.
Quant à Zakria Habibi, il serait toujours vivant et combattrait officiellement au sein de l’EI, a appris le journal La Tribune l’été dernier. Il aurait adopté le nom de Abu Yahya al Afghani en tant que djihadiste lors de son admission au sein du groupe terroriste, sous la recommandation de Yusuf Sakheer, également de Sherbrooke.

La presse.ca
 
Lundi 31 Octobre 2016
Dakaractu



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