AMADOU DIALLO, CONSUL GÉNÉRAL DU SÉNÉGAL À PARIS : « Ce qu’on a apporté comme innovation depuis notre arrivée (…) Beaucoup de sénégalais n’ont pas la carte consulaire (…) Ce que je pense de la politique au Sénégal »

Le Consul général du Sénégal à Paris Monsieur Amadou Diallo a reçu l'équipe de Dakaractu à son bureau situé à 22 Rue Amiral Hamelin dans le 16 ème arrondissement.
Dans cet entretien, SE Amadou Diallo est revenu sur les conditions de travail au Consulat mais aussi sur les nouvelles règlementations des heures de visites. Il a parlé de son parcours avant d'analyser l'actualité politique au Sénégal.
ENTRETIEN...


DAKARACTU : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

AMADOU DIALLO
: Amadou Diallo, je suis le Consul général de la République du Sénégal à Paris depuis bientôt 4 ans. Je suis originaire du département de Podor dans un petit bled dénommé « Bocké Dialloubé ». J’ai travaillé comme cadre commercial à Shell Sénégal, puis Manager dans le groupe Carrefour et comme chargé de mission sur des politiques territoriales en Picardie.

DAKARACTU : Parlez-nous un peu de la réorganisation opérée au sein du Consulat général du Sénégal à Paris depuis votre arrivée.

AMADOU DIALL
O : Toute la réorganisation est faite en compagnie de mon équipe que j’ai trouvée en place. J’ai eu la chance d’avoir une équipe sur laquelle je m’appuie. Auparavant je n’avais jamais travaillé dans la diplomatie. Pour relever les défis de la gestion du consulat, je me suis focalisé sur les usagers. Qui sont-ils? Qu’est ce qu’ils veulent? Sont-ils satisfaits des services de leur consulat? Après ça on se rend compte que le chantier est énorme.
J’ai essayé de travailler sur la mise en place d’une charte de qualité consulaire. D’autres pays l’ont fait. J’ai même mis en place ce qu’on appelle une charte interne au niveau du Consulat « charte Sitoë » qui véhicule des valeurs de travail et de comportement. Tout n’est pas réglé, mais des efforts ont été accomplis et d’autres suivront.
Pour l’accessibilité du consulat, nous avons revu les horaires d’ouverture de 9h à 17h en continu du lundi au vendredi. Nous avons développé la signalétique intérieure pour faciliter la circulation dans nos services. Ceci est appuyé par un accueil par une équipe de gendarmes à l’entrée du Consulat. Aussi, nous avons installé des services annexes (photocopieuse, photomaton, machine à café accessible aux usagers…) Nous avons aménagé des toilettes propres homme et femme avec un fléchage. C’est basique dans un service grand public, mais il faut le faire…..

DAKARACTU : Parlez-nous des nouvelles réglementations concernant les visites au Consulat…

AMADOU DIALLO
: Nous pouvons affirmer qu’aujourd’hui plus de 80% des usagers prennent un rendez-vous pour venir au Consulat. C’était là, l’une des principales difficultés que nous avions dans le passé. Les usagers viennent de partout en France et en Europe pour se faire établir un passeport ou une carte d’identité. Le matin débutait toujours par des bagarres entre usagers d’abord, ensuite cette situation se poursuivait à l’intérieur du consulat avec les agents. Il  y avait même des personnes qui dormaient devant le consulat afin de faire partie des premiers servis. Dès lors, nous avons recruté un ingénieur en informatique et nous avons ouvert un site et mis en place des procédures de demande de rendez-vous avec notification. Tout se passe dans le site maintenant. Ceci nous permet de maitriser le nombre d’usagers par jour, car nous sommes régis par les contraintes d’un ERP (Etablissement recevant du public). D’autres informations utiles pour les démarches consulaires sont mises dans le site. Le service du passeport est sans doute le plus sollicité et le plus sensible pour nos compatriotes. Car souvent, nous sommes sollicités dans l’urgence. Mais aujourd’hui tout sénégalais peut obtenir son passeport en 3 jours pour un coût de 30,50€. A titre comparatif, pour le passeport français c’est au moins 3 semaines. Tout se fait parce que nous avons la possibilité de maitriser notre système de rendez-vous. Aujourd’hui, le service des passeports reçoit environ 100 usagers par jour et produit environ 150 passeports par jour. Car ce service polarise tous nos consulats généraux et agences consulaires en France, avec l’Allemagne, l’Angleterre et la Belgique.

DAKARACTU : Vous êtes réputé travailleur rigoureux et très sérieux. Quelles sont les conditions de travail que vous avez établies au Consulat?

AMADOU DIALLO
: J’ai eu la chance d’avoir une grande expérience de Management dans le privé. Par ailleurs, je me suis engagé très tôt dans la vie associative. Dans mes activités j’accompagnais des compatriotes immigrés pour régulariser leurs problèmes dans les préfectures françaises et autres services administratifs. J’étais aussi président d’un collectif de plus de 25 associations dans la Picardie. Auparavant, je n’avais jamais exercé une fonction dans la diplomatie. Je me suis beaucoup appuyé sur la connaissance que j’avais de la France, de mon expérience professionnelle et surtout de ma proximité avec la communauté sénégalaise. Je peux dire que je suis en quelque sorte dans la continuité d’aider et d’assister les sénégalais. C’est une mission noble, honorable, mais très difficile. Car chaque jour qui commence, est une nouvelle mission. Dieu sait que les problèmes sont nombreux et parfois très complexes. La pression peut s’exercer de partout (des autorités sénégalaises, de la communauté sénégalaise, des associations citoyennes et des autorités françaises). Nous savons que parfois nos compatriotes sont victimes du système, alors nous nous sommes fixés comme première mission, de rester à l’écoute de nos compatriotes. Quand ils viennent ici, ils se sentent chez eux car c’est le Sénégal ici. Nous sommes tous les jours à l’écoute de leurs besoins et tout Agent doit composer une approche psychologue et sociologique pour écouter des récits les plus abominables que nos compatriotes peuvent affronter. Car, notre mission n’est pas seulement de faire des passeports ou des cartes d’identité, nous avons aussi une mission d’accompagnement et d’assistance pour toute épreuve conformément à la convention de Vienne de 1963. 

DAKARACTU : Au delà des papiers, est-ce que vous vous occupez d’autres cas?

AMADOU DIALLO
: Absolument et tous les jours ! Pour résumer, un consulat c'est comme mettre ensemble une mairie et une préfecture. C’est à dire que notre rôle est de protéger et d’assister nos concitoyens dans leur quotidien de migrant.
Ensuite, tout sénégalais qui arrive en France, doit être détenteur de la carte consulaire. La carte consulaire est l’identification du Sénégalais à l’extérieur. Cela nous permet de connaitre le nombre de nos concitoyens dans nos juridictions respectives, leur lieu de résidence, leur situation socio-économique. Par exemple, nos services se déplacent souvent en province pour aller à la rencontre de nos compatriotes, mais le choix des lieux se fait « au doigt mouillé » car il n’existe aucune base statistique pour évaluer la concentration de la communauté sénégalaise. Très peu de sénégalais détiennent la carte consulaire. En France nous avons une spécificité car nous avons beaucoup de binationaux. Je ne peux pas vous communiquer le chiffre exact, mais il nous semble que deux sénégalais sur trois sont binationaux. Nous avons le rôle d’accueillir les sénégalais qui viennent déclarer des naissances, des mariages, des décès etc. Nous nous occupons aussi des sénégalais en France qui ne sont pas en règle conformément à la convention bilatérale qui régit le flux migratoire entre nos deux pays. 

DAKARACTU Quel rôle joue le Consulat quand un sénégalais détenteur de projet veut rentrer le réaliser au Sénégal?

AMADOU DIALLO
: C’est une mission de sacerdoce. Depuis l’arrivée du Président Macky Sall, nous avons beaucoup évoqué la diplomatie économique qui était réservée aux puissances économiques. Nous sommes les premiers vendeurs du Plan Sénégal Emergent dans nos pays de résidence et vers la diaspora sénégalaise. Je reçois tous les jours des investisseurs à la recherche d’informations sur le Sénégal. Nous savons qu’il y a un regain d’intérêt des investisseurs français vers le Sénégal. Il s’agit de les aider à capter ses opportunités.
Le Sénégal est la porte d’entrée d’Afrique, alors le Sénégal est très important dans les choix stratégiques d’investissement en Afrique de l’Ouest. De plus en plus de compatriotes s’intéressent à la création de projets dans notre pays, et parmi eux j’ai noté beaucoup de jeunes franco-sénégalais (SENEF version économique). Avec l’ambassade, on a un bureau économique très étoffé qui fait un travail extraordinaire sur le terrain ici et à Dakar avec notre chargé de mission qui y accompagne tout le temps des investisseurs. Cela prouve qu’il y a un regain d’intérêt des français pour le Sénégal y compris nos compatriotes qui ont fini leurs études. 

DAKARACTU : Parlez-nous de la relation entre le consulat et les étudiants sénégalais

AMADOU DIALLO
: Permettez-moi de lancer un message à l’endroit des parents. Nous avons des étudiants boursiers, mais ceux-là n’ont pas de problème en général. Mais de plus en plus les parents envoient leurs enfants à l’étranger qui sont en général des jeunes très intelligents qui peuvent faire leurs études dans n’importe quelle grande école en France. Mais les études coûtent cher. Je connais des cas de jeunes qui ne peuvent ni se loger correctement et encore moins payer leur scolarité. Parfois, même s’alimenter correctement leur pose problème. Je suis régulièrement sollicité pour des cas d’extrême urgence. Je lance un appel aux parents qui envisagent d’envoyer leurs enfants en France, afin qu’ils prennent le temps de ficeler le projet d’études et en particulier le coût. Les parents ont leur responsabilité dans cette situation. 

DAKARACTU : Vous êtes aussi un homme politique et responsable de l’APR en France. Quelle analyse faites-vous de l’actualité politique au Sénégal?

AMADOU DIALLO
: Je suis toujours émerveillé par ce qui se passe au Sénégal. Le jeu  politique est là et on a une démocratie connue et reconnue dans le monde entier. C’est un héritage dont il faut être fier et le gérer pour l’améliorer. Nous avons des institutions fortes et des rendez-vous électoraux qui se font à date et surtout des élections de moins en moins contestées. Je vois que le parti au pouvoir continue de mener le combat politique avec une réussite exemplaire notamment une coalition qui vit depuis plus de 4 ans et qui continue de survivre malgré les difficultés qui peuvent survenir. Dans l’histoire politique de notre pays, c’est un fait exceptionnel qui mérite d’être souligné en particulier pour la composition hétéroclite de cette mouvance.

DAKARACTU : Mais vous êtes attaqués de toute part par l’opposition…

AMADOU DIALLO
: Je mets tout cela dans le jeu politique. Chacun est libre de choisir et de s’engager dans la voie qu’il pense utile pour le développement de notre pays. C’est ce qui fait la richesse du débat politique au Sénégal. Mais tout ceci est encadré par les lois et règlements. Vous voyez quand une personnalité décède au Sénégal, toute la classe politique oublie les différends et rend ensemble hommage à la défunte personne. Nous avons un pays exemplaire à tous les niveaux. Nous n’avons pas tout, mais les gens ont l’intelligence de vivre ensemble et c’est important. Maintenant, le jeu politique se faisant, il y a des stratégies. Chacun construit sa propre stratégie pour essayer de s’en sortir. 

DAKARACTU : Les problèmes du Parti Socialiste entre Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall…

AMADOU DIALLO
C’est un peu difficile par rapport à ma position d’analyser la position de Khalifa Sall. C’est un jeu politique interne au Parti Socialiste qui est un parti souverain qui fonctionne comme un grand parti. C’est un parti qui a formé ses militants. Ce qui n’est pas le cas avec beaucoup de partis au Sénégal. C’est un parti où il y a aujourd’hui des ambitions comme je l’ai dit tout à l’heure, des stratégies et des calculs politiques. C’est une question de vie politique interne, de renouvellement des instances internes d’un grand parti pour qui j’ai beaucoup de respect. 

DAKARACTU : Quel commentaire pouvez-vous faire du cas Karim Wade?

AMADOU DIALLO
: Je ne sais pas si je peux faire un commentaire sur le cas Karim Wade. C’est un sénégalais qui a beaucoup de mérite et qui a eu à exercer des responsabilités au plus haut niveau et qui a eu à la fin des problèmes avec la Justice. Il a été jugé, condamné avant d’être gracié par le président de la République Macky Sall. 


DAKARACTU : Comment se porte l’APR en France?

AMADOU DIALLO
 : L’APR en France se porte très bien pour connaitre le jeu politique. Il y a de moins en moins d’opposition à l’APR ici en France. A un moment donné, quelques mouvements de partis ont voulu exister mais cela n’a pas duré. Aujourd’hui beaucoup de militants de ses partis ont rejoint l’APR et d’autres mouvements aussi sont fondus dans l’APR. Maintenant, il est vrai qu’il y a des problèmes au niveau de la direction, mais heureusement on arrive toujours à les gérer. Ça fait 4 ans qu’on est au pouvoir sans beaucoup de difficultés. Le parti ne cesse de se massifier et des sections se créent régulièrement.  

DAKARACTU : Votre dernier mot 

AMADOU DIALLO : Je demande à tous nos compatriotes d’être attentif à ce qui se passe en Afrique. Je suis toujours meurtri de constater ce qui se passe toujours sur les chemins de l’immigration avec beaucoup de pertes humaines. Les réponses à cette situation se trouvent chez nous. C’est-à-dire apporter des réponses économiques dans nos terroirs. Dans tout projet d’investissement il y a un risque qu’on cherche minorer, mais il faut savoir qu’il y a des opportunités chez nous au Sénégal et c’est maintenant pour ne pas dire aujourd’hui. 
Je demande aux sénégalais de l’extérieur de s’immatriculer dans les consulats. Il faut que chacun ait sa carte consulaire car c’est important. Pour pouvoir budgétiser, il faut que nous sachions combien de sénégalais vivent dans notre juridiction. 
Et dans ce contexte d’interrogations sur le « vivre ensemble », chaque compatriote est porteur du drapeau national du Sénégal, donc de l’image de notre pays...

Mardi 18 Octobre 2016
Dakaractu




1.Posté par barou le 18/10/2016 13:22
Chapeau Monsieur le Consul pour la clarté des reponses.
Mais aussi ttoute la maitrise qui sied pour cette fonction aussi importante.
Vraiment félicitations et bon courage.

2.Posté par barou le 18/10/2016 13:22
Chapeau Monsieur le Consul pour la clarté des reponses.
Mais aussi ttoute la maitrise qui sied pour cette fonction aussi importante.
Vraiment félicitations et bon courage.


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