ALIOU CISSÉ, SÉLECTIONNEUR NATIONAL A COEUR OUVERT : «Si nous devons aller au Burundi en ayant peur, il y a problème »

De retour d’une mission de prospection à Kigali et à Bujumbura avec les représentants du ministère des Sports et de la Fédération, Aliou Cissé dit avoir capté le maximum d’informations en direction du match de la 5e journée des éliminatoires de la CAN 2017 de football contre le Burundi (4 juin). Auparavant, les Lions feront face au Rwanda (28 mai), en match amical, à Kigali, où est justement prévu un camp d’entraînement. Du coup, Sadio Mané et ses coéquipiers quitteront Amsterdam (Hollande) le 20 mai, pour arriver le lendemain. Le reste du groupe (les joueurs, l’intendance et le staff médical), à Dakar notamment, y sera le 22 mai. En conférence de presse, hier, le sélectionneur national a motivé la première du défenseur Fallou Diagne (Rennes) ainsi que les retours du milieu Pape Kouly Diop (Espanyol) et de l’arrière droit Ibrahima Mbaye (Bologne). Extraits...


«Stéphane Badji : un choix sportif»

«C’est un choix sportif. J’ai des milieux de terrain et je suis plutôt satisfait d’eux : Younouss Sankharé, Gana Guèye, Cheikhou Kouyaté, Pape Kouly Diop. Je connais Stéphane, particulièrement très bien. Il faut qu’il continue à travailler. A preuve, Kouly Diop, qui n’a depuis longtemps plus mis les pieds en sélection, est revenu. Maintenant, je ne peux créer un embouteillage à ce niveau (dans l’entre-jeu).»

«Famara Diédhiou serait là s’il y avait 26 joueurs à convoquer»

«Je profite de l’occasion d’ailleurs pour le féliciter, comme j’ai eu à le faire. C’est vrai qu’il a été Meilleur joueur de Ligue 2. C’est un garçon que nous suivons. Mais, il y a des garçons qui viennent avant lui, hiérarchiquement. Maintenant, ce serait bien de le voir dans l’élite : en Ligue 1 française, en championnat espagnol. Il y a aussi Pape Sané, Babacar Khouma. Il y a 3 à 4 joueurs, d’un très bon niveau, qui doivent passer un palier, se battre pour rejoindre le groupe. C’est comme Kouly Diop, le groupe n’est pas fermé mais il y a 23 joueurs à convoquer. Peut-être qu’il serait là s’il y avait 26 à convoquer. Maintenant, ce n’est pas une question de charges. C’est la Fédération qui s’en occupe. A 90%, le groupe est stable même si l’équipe doit évoluer. Après, de juin à décembre 2016, beaucoup de choses peuvent se passer. Je peux vouloir stabiliser un groupe et que les réalités du terrain m’imposent autre chose.»

«Le chantier de la défense est encore là»

«L’objectif est d’avoir une équipe compétitive, qui peut voyager. Cela revient à avoir quatre bons défenseurs et un bon gardien. C’est vrai qu’on encaisse des buts mais c’est un processus. Nous sommes entrain de rectifier. Heureusement que tout n’est pas vrai sinon on n’aurait plus de travail. Les chantiers sont encore là, laissons le temps au temps.»

«La philosophie, c’est de gagner»

«Quelle a la philosophie de l’équipe ? C’est de gagner. Le haut niveau, c’est la gagne qui compte. J’ai toujours joué au football pour gagner, jamais pour être deuxième ou troisième. On essaie d’instaurer cette mentalité. Après, chaque entraîneur a ses méthodes. Celles de Moustapha Seck diffèrent de celles de Demba Ramata ou de Lamine Dieng. Que ce soit des attaques placées, des attaques rapides ou encore des contre-attaques. A la fin, la seule chose qu’on retiendra, c’est le résultat.»

«Pourquoi le choix d’Amsterdam»

«Aller à Kigali n’est pas une chose facile. Avec la Fédération, nous avons travaillé pour savoir la compagnie, la direction qu’il fallait prendre pour rallier les lieux. Le chemin le plus rapide, c’est Amsterdam. Mais c’est juste un lieu pour récupérer nos joueurs qui sont en Europe. On n’y passera que quelques heures. C’est plus un souci logistique.»

«Rumonge ou Bujumbura, nous sommes prêts»

«Peu importe, nous sommes prêts. On connait les conditions à Rumonge et son terrain difficile. Bujumbura ne sera pas aussi facile. Ce qui est important c’est que les joueurs soient du football africain, de la mentalité qu’il faut avoir pour exister.»

«Il n’y a pas de bataille psychologique»

«Il n’y a pas de bataille psychologique concernant le Burundi. Nous avons constaté quelque chose (en mission de prospection). Les africains sont en train de travailler pour que le foot aille de l’avant. J’ai eu à discuter avec d’autres sélectionneurs. Les équipes qui reçoivent mettent les visiteurs dans de moins bonnes conditions. On sent l’hostilité quand on arrive à l’aéroport. Au Sénégal, cela ne se passe pas comme ça. Il faut qu’on dénonce cela pour que la CAF réagisse. Les agissements de certaines fédérations doivent cesser si on veut avancer. Maintenant, on a tourné la page, on est maintenant concentré sur le match, le reste n’est que littérature.»

«L’environnement est hostile mais...»

Je préfère l’aborder dans la situation où nous sommes : c’est à dire jouer 4 matchs, 4 victoires. Si nous devons aller au Burundi en ayant peur, il y a problème. Pour moi, ce ne sera pas un match plus difficile qu’à Madagascar ou au Niger. L’environnement est hostile mais ce qui m’intéresse est de savoir ce qui va se passer sur le terrain. Nous sommes assez armés face à
cette équipe que nous avons battu ici (à Dakar : 3-1). Il n’y a pas de matchs faciles en Afrique. Il faudra aller chercher le résultat au fond de nous.»

«Ce que nous cherchons, c’est que la mayonnaise prenne un peu plus»

«Le groupe reste stable. Ce que nous cherchons, c’est que la mayonnaise prenne un peu plus. Cela ne veut dire que ça ne prendra. Il y a beaucoup de choses positives. Nous commençons très forts non sans avoir du mal à rester dans ce rythme. Maintenant, il y a d’autres aspects à améliorer.»

«Mame Biram a les capacités pour jouer sur les côtés»

«Il ne s’agit pas de rectifier le tir. J’ai un groupe avec des garçons assez polyvalents. Tous les week- ends, à Stoke, il joue excentré gauche ou droit. Ça ne lui em- pêche de marquer des buts (5, cette saison). A Manchester, c’était pareil. Par souci d’équilibre de l’équipe, il peut jouer sur le côté. Tout dépend de l’état d’es- prit du joueur. S’il en a envie, il a les capacités athlétiques, tech- niques pour le faire. On sait que l’équipe est en difficulté sur les côtés. On a plus de joueurs d’axe. Ce qui n’est pas du ressort d’Aliou Cissé. Si on a deux excentrés, cela nous permettra de le décaler dans l’axe. Mais, pour l’instant, j’ai fait ce choix là.»

«Ce qui a justifié les arrivées de Kouly, Mbaye et Diagne»

«Ibrahima Mbaye est un jeune olympique que je connaissais de- puis j’étais sélectionneur (des U23 sénégalais). Il a été formé à l’Inter de Milan (Italie) et a fait de bonnes prestations cette année dans le poste d’arrière droit à Bologne. Il mérite que je le vois sur ce match. Contre le Ghana (2-1, premier stage d’Aliou Cissé), je l’avais déjà convoqué. Nous devons nous améliorer dans ce couloir. Pour Fallou Diagne, c’est la même chose. Il n’a pas connu la sélection A. Mais, à Rennes, il fait partie des meilleurs défenseurs de L1 française. Vu que Zargo est blessé, il mérite de venir. Kouly Diop, vous le connaissez, il a un passé avec la tanière. Ses matchs en Espagne sont intéressants. Il a gagné en agressivité, en impact. Il est capable d’être propre. Il ne marquera pas beaucoup, ni ne fera de passes décisives – même s’il en est capable – mais il peut nous aider à fluidifier notre jeu.»

«Papy Djilobodji ne mérite pas plus que Fallou Diagne»

Aujourd’hui, il y a 23 joueurs qui ont été convoqués. Je m’attendais qu’on me parle des absents. Mais la seule chose que je peux vous dire, c’est que les 23 joueurs sont aptes. Je dois choisir 23 sur 800 joueurs sénégalais. Je connais Papy, il ne mérite pas plus que Fallou Diagne. Il a été compétitif avec Rennes. Et je ne le connais pas, ce qui fait que j’ai envie de le découvrir. Il y a beaucoup de matchs qui nous attendent. On verra ce qui se passera. Ce qui est important, c’est le groupe Sénégal, le collectif. J’ai confiance en ce groupe et je sais qu’il me donnera satisfaction inchallah (s’il plait à Dieu).»

«Henri Saivet est blessé, il doit être opéré»

«Dans le milieu, il y a deux styles de joueurs : travailleur et relayeur. Cheikhou et Gana sont capables de jouer le premier rôle. Dans ces milieux de terrain, Sankharé et Kouly sont capables de jouer les 2ème rôles. Kouly doit être là dans la mesure où Henri Saivet est blessé – il doit subir une opération. L’équipe se dessine même si on cherche les complémentarités. On va voir comment il évolue dans ce nouveau Sénégal, avec une autre mentalité.»

«La titularisation de Baldé Diao (à la Lazio) a coïncidé avec sa sélection»

«La titularisation de Baldé Diao Keita (à la Lazio de Rome) a coïncidé avec sa sélection. Je ne sais pas si c’est ce qui l’explique. Etre international, c’est un plus pour le Cv et le respect que le club peut avoir envers le joueur. Il s’est senti heureux quand il est venu. Peut-être que c’est une source de motivation. Ça fait plaisir car j’ai l’impression qu’ils apprennent en venant ici, que ça les rend plus forts avant de partir. Nous devons leur transmettre des qualités. Nous avons de très bons joueurs, ils doivent apprendre en les côtoyant.»

«Relégation d’Aston Villa : Gana va s’en remettre»

«J’ai affaire à de grands professionnels. C’est un grand garçon et s’il est professionnel, c’est parce qu’il a le mental. Des montées et des descentes, c’est comme gagner et perdre. Ça fait partie de la vie du sportif de haut niveau. Je n’ai pas de travail spécifique à lui faire. Il va s’en remettre. Ce que je lui souhaite, c’est de trouver un club qui lui permettra de s’exprimer.»

«Le gardien Abdoulaye Diallo travaille à trouver une solution»

«On n’a pas choisi de gardien numéro un dans la précipitation. Diallo a fait de bons matchs. Il fait tout ce qu’on attend de lui. Pour exister dans l’équipe nationale, il lui faut du temps de jeu. Il en est conscient. Il travaille à trouver de bonnes solutions pour retrouver du temps de jeu.»

«Moussa Sow, on attend qu’il retrouve le gratin du foot»

«Dans cette conférence, j’ai eu à répondre plus des joueurs qui ne sont pas là. Moussa, c’est un garçon que j’aime bien. Il a fait son choix. Il y a des garçons qui sont dans l’élite, pour pouvoir postuler en sélection. Nous allons attendre, peut-être qu’il reviendra dans le gratin du foot mondial.»

«La nomination de Fatma Samoura ? Pas d’impact sur le foot sénégalais»

«Déjà, une femme dans le football, c’est compliqué quand on connait le monde sportif qui est un très macho. Cela honore toutes les femmes africaines. Il faudrait la féliciter bien sûr. Mais je ne crois pas que, forcément, cela va avoir un impact direct à court terme sur le football sénégalais voire africain. C’est quand même la FIFA, elle est là pour s’occuper du foot mondial. Il faut qu’on soit trop dans l’euphorie. Ça me rappelle un peu quand Barack Obama a été élu président des USA, les africains attendaient beaucoup de lui. A l’arrivée, on a été déçu. Mais nous sommes très fiers car domou Rewmi là.»
Jeudi 19 Mai 2016
Dakaractu




Dans la même rubrique :