ABDOUL MBAYE, LA PATRIE ET LE PARTI (par Ngor DIENG)


Abdoul Mbaye a créé sa propre formation politique. L’ancien premier ministre du Président Macky Sall vient de signer son entrée dans l’arène politique avec l’Alliance pour la Citoyenneté et le Travail (ACT). Ainsi, il vient aussi, en même temps, grossir les rangs des partis d’opposition. L’ancien directeur général de la BHS a pourtant cheminé avec le Président Macky Sall tout au début de la deuxième alternance survenue après la défaite du PDS à l’élection présidentielle de 2012, avant d’être limogé par ce dernier au profit de Mme Aminata Touré pour accélérer la cadence.
Cette descente d’Abdoul Mbaye sur la scène politique nationale est symptomatique de la crise du politique et/ou de la politique en République du Sénégal. Aujourd’hui, les hommes politiques sénégalais cherchent toujours à occuper le devant de la scène pour gagner la sympathie des Sénégalais et abuser de leur confiance et de leur passivité. Leurs déclarations de bonnes intentions contrastent toujours avec leur réel vécu quotidien fait de ruses, de mensonges et de promesses électorales non tenues.  
Chacun des politiciens promet le soleil au peuple tout en oubliant que son action en elle-même prive les citoyens des rayons solaires. Tout ce beau monde se dit vouloir apporter du sang neuf à la conception et à la pratique politique alors que rien n’est nouveau sous le soleil. Il n’y a presque pas un parti politique sénégalais qui n’a jamais collaboré, à un certain moment de son existence, avec le parti au pouvoir. 
Malick Gakou ne peut pas nier son passage à l’AFP ni sa collaboration avec le pouvoir du Président Macky Sall, Abdoul Mbaye non plus, même étant aujourd’hui dans l’opposition. Khalifa Sall, n’en parlons pas parce qu’il est toujours du PS. Or le Grand Parti (par le nom seulement) et l’ACT font parti des dernières formations politiques nées au Sénégal. Véritablement, la politique est un hôpital de fous qui pensent être des rois et empereurs.
A présent, interrogeons ces propos d’Abdoul Mbaye : « Je ne reconnais plus mon Macky Sall ». Nous avons envie de savoir pour qui se prend Abdoul Mbaye ? Oublie-il que le Président Macky Sall incarne la plus haute institution du pays depuis le 25 mars 2012 ? Se croit-il s’adresser à son fils qui a choisi un autre chemin que celui de son père parce qu’il a grandi maintenant ?  Au fond, je me demande quelle représentation Abdoul Mbaye avait de Macky Sall quand il était son premier ministre ? Ne le considérait-il pas comme un simple gamin venu du Sine, en plein milieu sérère bien qu’étant un toucouleur bon teint ? N’a-t-il pas occupé le fauteuil de premier ministre avec toute la nonchalance et l’arrogance d’un fils à papa sous la tutelle d’un enfant qui a rampé pour se faire une place au soleil des Présidents? 
Mme Aminata Touré a bien raison de tenir ces propos : « C’est son droit. Je regrette juste les propos irrévérencieux à l’endroit du Président de la République qui n’est pas ‘’son Macky Sall’’. Il s’agit de la première institution de la République et je ne me rappelle pas que lui et le chef de l’Etat aient gardé les vaches ensemble pour qu’il s’autorise ces propos déplacés. Même s’il choisit d’être dans l’opposition, il y a un respect qu’il doit à celui qui a choisi d’en faire son premier ministre en 2012 ». (Sud quotidien du mardi 17 mai 2016, p. 3)  
Monsieur Abdoul Mbaye a le droit de créer son propre parti politique. Mais aussi il a le devoir de revoir sa copie vis-à-vis de Macky Sall en accordant plus de respect et de considération au Président de la République du Sénégal. Je n’ai aucune sympathie pour l’autre Abdoul (Abdou Mbow), mais je suis d’accord avec lui quand il dit que « C’est plutôt Abdoul Mbaye qu’on ne reconnaît plus… » (L’Observateur du mardi 17 mai 2016, p. 5).
Ibou Sané qui fut mon professeur de sociologie politique analysait, par anticipation, l’entrée d’Abdoul Mbaye en politique en faisant savoir que ce dernier va se casser les dents. En réalité, il est fort probable que le sociologue politique ait raison. L’avenir nous en dira plus. A vrai dire, aucun des prétendants à la rupture tant souhaitée par les citoyens ne peut offrir au peuple sénégalais le changement tant attendu. Tant que chacun cherchera à s’affirmer par la création de sa propre formation politique, notre pays comptera des centaines de partis politiques et de politiciens, mus par leurs propres intérêts, et peu d’hommes d’Etat soucieux de l’avenir du pays et préoccupés par le bien-être des populations.
En créant leur propre parti politique, la plupart des politiciens mettent la Patrie au dessous du parti, même s’ils déclarent le contraire. Pire même, ils mettent leur personne au dessus de leur parti. Dans les grandes puissances, la course n’est pas à la création de parti (cules) politiques, mais plutôt aux grands ensembles forts et solides pour défendre l’intérêt public et supérieur de la Nation. La poussée de partis politiques, comme des champignons, dénotent du goût du pouvoir de nos acteurs politiques. En général, ce sont des formations politiques qui n’existent que de nom et qui sont obligées, pour prospérer, d’aller à la quête de coalisation gouvernementale pour satisfaire leur désir d’être aux affaires. 
Que cela soit du côté de l’opposition ou du pouvoir, nos politiciens sont presque tous de la même école et géreraient presque tous le pouvoir à peu près de la même manière. Si pour les Sénégalais et les politiciens, la Patrie venait avant le parti, il y aurait moins de bruit et plus d’actions allant dans le sens de l’émergence du Sénégal. Ce qui est loin d’être encore le cas, quoique cela soit le vœu exprimé par tout le monde. La solution à la crise politique, ce n’est pas la création à outrance de partis politiques qui risquent d’être l’arbre qui cache la forêt, cette forêt étant la belle Patrie sénégalaise. Ô Patrie, mon beau parti !

Ngor DIENG
Psychologue conseiller au CNOSP
ngordieng@gmail.com
Jeudi 19 Mai 2016
Dakar actu




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