A Messieurs les ministres de l’Emploi et du Travail : Au travail et arrêtez vos inepties sur les chiffres en terme de création d’emplois.


A Messieurs les ministres de l’Emploi et du Travail : Au travail et arrêtez vos inepties sur les chiffres en terme de création d’emplois.
Nous avons constaté la semaine dernière à l’image de beaucoup de nos compatriotes, les sorties du ministre de la Jeunesse et de l’Emploi d’une part, sur le plateau du 20h de la TFM du lundi 11 mai 2015, nous annonçant la création par l’Etat de 147 208 emplois entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2014, et d’autre part, celle plus détaillée du ministre du Travail, du Dialogue Social et Organisations Professionnelles dans la presse du weekend,  attestant que le gouvernement a créé 165 555 emplois entre 2012 et maintenant.
Ces deux déclarations en une semaine émanant des deux plus hautes autorités en charge des politiques publiques d’emploi et de statistiques du travail dans notre pays sont contradictoires à souhait et la lecture qu’elles essaient d’en faire est très éloignée de la réalité et de la vérité.
Pourquoi? Soit par mauvaise foi ou par le désarroi qu’induit l’absence manifeste à ce jour de résultats à la hauteur de la promesse présidentielle de création de 500.000 emplois après trois ans d’exercice du pouvoir.
Qu’importe leur mobile, le devoir de vérité nous pousse une fois n’est pas coutume à prendre notre plume pour un éclairage face à la persistance de la communication mensongère sur les résultats du gouvernement en terme de création d’emplois.
 
La première vérité est que les résultats avancés en termes de création d’emploi par les deux ministres sont ceux produits par l’économie sénégalaise et non le fruit d’un quelconque effort de l’Etat ou de ses démembrements.
Ils concernent les recrutements annuels nouveaux dans le secteur privé et public matérialisés par un enregistrement à l’inspection du travail et représenté pour plus de la moitié part les remplacements des départs à la retraite.
La seconde vérité qui est volontairement tue est qu’il y’a eu une baisse de la création d’emploi  de notre économie entre 2012 et 2013 même si on peut noter une légère reprise en 2014 avec 53000 emplois qui est encore très loin des chiffres de 2006 et 2007 ou la capacité de création de l’économie sénégalaise était de 63.000 emplois.
 
Vouloir installer dans la conscience citoyenne et populaire l’idée de la satisfaction de presque de moitié des objectifs de création d’emploi du mandat par la manipulation des chiffres de notre économie relève d’une tentative d’escroquerie que nous trouvons inacceptable.
Le malheur dans ce secteur de l’emploi a toujours été que les hommes politiques soient très en retard sur les techniciens. On ne peut construire une vraie politique de l’emploi et de la jeunesse sous la hantise des prochaines échéances électorales ou sous la pression des jeunes. Il faut un langage de vérité adossé à une réelle volonté de faire avancer les choses. Promettre de résorber le chômage de masse en deux ou trois ans dans nos pays est un leurre.  
Ayez le courage et l’honnêteté de dire aux sénégalais que vous êtes à l’an 1 de la mise en œuvre de vos projets et programmes après deux années de réflexions et maturation et qu’il faudra encore attendre pour les résultats.
 
Les déterminants du marché du travail sénégalais et les capacités de notre économie sont connus de tous. Les effectifs globaux dans le secteur formel (public 183.477 et privé 247.229) sont de 415 926 emplois.
De la même manière que tout le monde s’accorde sur l’étroitesse du marché du travail face à l’acuité de la demande croissante et juvénile qui est de l’ordre de 206.000 demandeurs par an.
Tout l’enjeu et le défi de la gouvernance du secteur de l’emploi dans notre pays réside dans la capacité à appréhender cette réalité et à imaginer les solutions permettant de résorber le gap entre l’offre d’emploi et la demande qui est de 150.000 jeunes par an.
C’est là ou doit intervenir l’Etat par le levier du traitement social du chômage avec des dispositifs innovants d’accompagnement et d’insertion durable corrélé à une politique économique de transformation structurelle avec l’emploi comme facteur essentiel de la croissance.
Des lors, nous vous attendons dans la déclinaison opérationnelle des réponses ciblées que vous proposez aux demandeurs d’emploi et non dans la diversion ou la manipulation des chiffres.
 
                                                                             Abdou Khafor toure
                                                                  Manager, expert du secteur public
                                                                 Ancien Directeur Général de L’ANEJ
Dimanche 17 Mai 2015
Dakaractu




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